Rappel : Épisode 1: Une bombe au milieu de la cuisine ou « comment le cours d’une vie nomade peut soudain basculer le temps de deux gorgées de vin ».

Résumé de l‘épisode précédent: Violette et son cher et tendre, Albert, décident en deux minutes d’aller vivre à Paris avec leurs enfants pour réinventer leurs carrières après 17 années d’expatriation, à la suite du départ prochain d’Albert de son groupe. Ils positivent à fond cette décision – pendant dix minutes – jusqu’à ce que…

CHRONIQUES D’UN RETOUR (PAS) ANNONCÉ – EPISODE N°2 : LE 2ÈME EFFET KISS COOL

"Me voilà donc, Violette, au milieu de la cuisine, verre à la main, philosophant bravement devant les yeux attendris et admiratifs de mon mari (quelle résilience ! quelle bravoure ! ma femme est formidable !) – du moins c’est ce que j’imagine– sur la différence de mindset entre se dire qu’on rentre à Paris vs. on VA à Paris. Expats forever, c’est dans notre ADN, on ne va quand même pas se transformer en parigots-têtes-de-veaux par l’intercession obscure de la tour Eiffel ! Et puis tout à coup ma fille Léontine, 12 ans, 2ème née, déboule dans la cuisine en hurlant « papaaaaa, mamannnn, immense nouvelle, ma copine Louisette de Mexico vient de m’écrire qu’elle arrive en septembre à Milan, si ça se trouve on sera encore dans la même classe !! Oh, c’est trop trop trop ! Ch’uis trooooop contente ! » .

Ah. Oui. Les enfants. On avait oublié ce détail, c’est vrai, on positive, on positive, on est fort, l’aventure continue, gnagnagna, mais eux, ils subissent, quand même… Bon, remettons cette annonce aux enfants à plus tard, de toutes façons Albert a promis à Flashy&Co : départ négocié, ok, mais motus et bouche cousue absolus pendant quelques semaines. On ne peut rien dire à qui que ce soit. Même pas à nos chères têtes blondes (en fait, surtout pas à nos chères têtes blondes, ultra-connectées, la terre entière, sans figure de style, serait au courant en moins d’une heure). Même pas à nos parents. Hum, pas facile tout de même quand un événement de cette taille vous monopolise 95% de la mémoire vive, il va falloir faire preuve de merveilles d’inventivité. « Allô ? Oui oui maman, tout va bien, RAS, nickel, on organise nos vacances d’été ? Euh… non… en fait, cette année on innove : on a décidé d’improviser ! Je ne sais pas si on passe le mois de juillet à St Malo-les-bains-de-pied, on aura peut-être un autre programme ».

 

Bref, ma fille finit par calmer un peu sa joie, aidée par Albert « attends, Léontine, calme ta joie, en plus si ça se trouve Louisette ne sera même pas dans la même classe que toi » (super argument, vraiment), quand ses 3 frères et sœur débarquent à leur tour. Léandre, 1er né, bientôt 15 ans, est tout content de nous annoncer que « les Machin-Choses viennent aussi ce week-end ! ». Ah, le week-end au ski. THE week-end légendaire annuel à la montagne toute proche. 70 copains de 4 à 55 ans, dans un chalet au milieu des Alpes italiennes : ski, fête et raclette. J’ouvre la bouche pour m’exclamer qu’en effet, les Machin-Choses, nouvellement arrivés à Milan, sont super sympas, et qu’on a tellement de chance de vivre des expériences aussi dingues depuis tant d’années en expatriation et…. et…. blanc. Enfin, rouge… je deviens. Et mouillés deviennent mes yeux et… Je quitte la cuisine en courant, je fuis les regards surpris des enfants, je me précipite à l’autre bout de l’appartement. Les larmes coulent, les sanglots montent et se bousculent, mon mari me suit en se demandant quelle mouche m’a-t-elle bien piquée ?

 

 Et là, c’est le déluge : « je viens de réaliser seulement à l’instant – quelle blonde, décidément – qu’on allait devoir quitter nos copains, nos potes, nos amis, nos voisins, mes copines de quartier, mes confidentes-compagnes-de-thé-improvisé, mes amies de cœur milanaises, ma partenaire de tennis, le prof de tennis aussi, tiens, bah le tennis aussi, tant qu’on y est….bouhhh… » « Persooooooonne ne nous attend à Paris, on ne sera d’ailleurs persooooooonne à Paris…. On sera juste des Français parmi les Français, il n’y aura plus de Lycée Français mais QUE des lycées français de France, il n’y aura plus de café accueil, ni d’accueil du tout d’ailleurs, on n’aura même plus de « charmant accent français » : on sera juste « Français », comme tout le monde !!! bouhouhou…». Heureusement j’ai la larme facile, ça libère, parait-il, et Albert est là, il me prend dans ses bras, il me dit qu’il me comprend. Ça fait du bien.

 

 Une fois tout ça évacué, je reprends bravement le chemin de la cuisine – il faut bien nourrir sa famille – et me dis que les prochains mois ne vont pas être de tout repos : la logistique quotidienne habituelle, le moral des enfants à ménager, mon boulot actuel, la recherche de boulot de mon cher époux, mon futur job parisien à trouver et/ou réinventer, un appartement à trouver, des écoles et surtout : l’avalanche des fameuses démarches de retour en France qui ont si mauvaise presse parmi la communauté expatriée… A juste raison ? C’est ce qu’on verra. « Allez, tout le monde, à table ! »

 

A suivre…

Prochain épisode : l’Annonce aux enfants – ou « la théorie du boomerang illustrée par le malencontreux bourrage de crâne de nos graines d’expats ».

Florence Malaud