Voici un article que je viens de lire sur mon hebdomadaire Femmexpat. On se pose souvent la question de savoir quand on quittera Canton et pour quelle destination. Le genre d'expérience contée ci-dessous m'a vraiment émue. 

 

"Même si l’on sait qu’être expatrié ne dure qu’un temps, la fin peut parfois être brutale et inattendue. Voici mon histoire.

Il y a un encore un mois tout allait bien. Nous venions d’entamer notre troisième année en tant qu’expatriés dans le sud de l’Inde.

Mon mari travaillait dans une entreprise indienne rachetée en partie par une entreprise internationale. Chaque jour il faisait le grand écart entre les exigences de son entreprise internationale et les réalités indiennes. Ils n’étaient que trois étrangers dans la filiale indienne. Ce n’était pas toujours facile au quotidien. Mais l’expérience globale était très positive.

J’avais également trouvé ma place dans ce quotidien indien entre ma vie de maman, d’épouse « supportrice » et de manager de la logistique quotidienne. Nous nous trouvions bien.

L’année 2015 s’annonçait pleine de jolis projets pour nous : un nouvel appart dans notre quartier de prédilection, de nouvelles responsabilités pour mon mari au sein de son entreprise, le développement de projets associatifs pour moi.

Je suis rentrée quelques jours en France fin octobre pour fêter l’anniversaire de notre fille en famille. Le timing était parfait : mon mari devait assister à des réunions importantes à ce moment-là.

Pendant que je profitais de nos familles et des douceurs françaises, j’ai reçu des échos peu rassurants sur les réunions en cours : mon mari m’a fait part d’échanges musclés entre les dirigeants de la maison mère et de son partenaire indien. Jusque-là rien de bien nouveau, mais on me demandait par précaution de reporter de quelques jours mes billets car les discussions se prolongeaient.

Les échanges débouchèrent finalement sur un accord entre les deux parties. Ouf ! Les dirigeants internationaux reprenaient l’avion. Tout allait bien. Je me préparais à rentrer à la maison : je me réjouissais à l’idée de retrouver notre quotidien, nos amis, notre vie. Je pensais déjà à notre crémaillère et à l’organisation une fête d’anniversaire « à l’indienne » pour notre fille.

Pourtant, le lendemain, sans raison, sans prévenir, le partenaire indien dénonçait ses engagements. C’était grave. Les « expats » sur place se trouvaient en situation de danger. L’entreprise internationale voyait rouge et les réactions s’enchaînaient rapidement.

Mon mari reçoit des instructions : il va être pris en charge par des gardes du corps : il dispose de 2 heures pour faire une valise et dire adieu. C’était violent, inattendu et brutal.

Mon mari s’organise. Il passe à notre appartement, prend ce qu’il considère comme essentiel : nos papiers, nos ordis, quelques jouets de notre fille. Il m’appelle en même temps et m’annonce la situation. Je ne le crois pas. Je ne comprends pas. J’ai peur pour lui. Je pense que ça va s’arranger. Je suis sonnée.

De son côté, mon mari passe à la banque, retire tout ce qu’il peut, passe chez des amis proches pour leur confier des affaires personnelles, nos clés et l’argent. Nos amis sont aussi sonnés que nous.

On le presse. Il faut partir. Il doit être exfiltré. On l’emmène le plus vite possible dans la ville de l’Etat le plus proche (8 h de voiture). On le met dans le premier avion. Il rentre en France.

En quelques heures notre vie bascule. Notre aventure indienne s’arrête net. C’est fini. Nous laissons tout derrière nous : notre quotidien, nos amis, nos affaires, nos meubles, nos activités, les personnes qui nous employons, nos habitudes….

Mon mari arrive sain et sauf dans un aéroport des émirats. Il m’appelle et me confirme la triste nouvelle. Notre expatriation est terminée. Nous ne reviendrons pas. Même pas pour dire au revoir, même pas pour récupérer nos affaires, même pas pour finir les choses correctement. Non, juste comme ça.

Je suis bouleversée. Comment est-ce possible que ça se finisse comme ça ?

J’appelle nos amis puis notre maid et notre chauffeur pour les prévenir. Ils sont en pleurs. Je suis en pleurs. Je ne sais pas quoi leur dire. Ils ont été plus que des personnes à notre service, ils ont vu notre fille naître et grandir. Ils n’y sont pour rien mais ils en subissent aussi durement les conséquences.

Mon mari arrive en France. Sonné et triste. Quand nous nous retrouvons sur le quai de la gare, nous réalisons vraiment que c’est fini. Les jours suivants, nous avons l’impression d’avoir été « arraché de notre vie ».

Nous avons pris quelques jours pour « digérer » la nouvelle, nous avons passé du temps en famille.

Puis la vie continue.

Nous avons malgré tout beaucoup de chance. Nos amis sur place ont sauvé nos affaires personnelles dans notre appart, et trouvent maintenant des moyens de nous les faire parvenir. Ils prennent soin de notre maid et de notre chauffeur. On ne les remerciera jamais assez. Ce qu’ils ont fait, ce qu’ils font nous aident aujourd’hui à tourner la page.

Nous allons mieux. Mon mari a pris un nouveau poste. Nous avons trouvé un appart. Nous avons des projets pour 2015. Nous sommes toujours un peu triste mais on rebondit, on avance.

C’est aussi ça l’expatriation. C’est accepter que le changement soit omniprésent : il faut profiter de chaque instant car tout peut s’arrêter du jour au lendemain.

On ne regrette rien et si c’était à refaire on signe demain.

Olivia."

tiré du journal Femmexpat du 20/01/2015

 

Et oui un retour anticipé peut arriver à n'importe qui et à tout moment, généralement pas dans de telles circonstances heureusement, mais quand cela arrive, j'imagine que cela fait un petit pincement au coeur.