Allez, encore un peu de lecture, des posts comme celui-là, il y en aura de moins en moins...

C’est donc grâce à Canton Accueil (encore) que j’ai pu m’initier il y a déjà plusieurs semaines (ou plusieurs mois, no comment...) à une nouvelle activité : celle de l’art de servir le thé, car c’est bien d’un  art qu’il s’agit. Boire le thé en Chine, ce n’est pas boire une boisson quelconque. Cela se boit en compagnie, pendant qu’une personne s’occupe du rituel du service. Comme nos sommeliers, celui qui se destine au métier de « serveur de thé » (je ne connaîs pas le terme exact) doit suivre une formation spécifique d’un an.

L’accueil sur place

Nous avons été reçues au sein d’une maison de thé privée, dont la propriétaire nous a ouvert ses portes exclusivement, pour une séance de dégustation.

En entrant, nous avons été émerveillées par le cadre qui nous entourait : de grandes pièces claires richement décorées, une jeune femme qui nous a accueillies en jouant un air de musique chinois (je n’ai malheureusement pas retenu le nom de l’instrument car donné en chinois), des odeurs d’encens… Nous avons pu faire le tour des différentes pièces, en fait divers salons de dégustation.

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Rapide cours historique

Après cette prise de contact, nous nous sommes installées dans l’un des salons et avons commencé par un peu d’histoire.

Les Chinois furent les premiers à consommer du thé. Vers 3000 avant JC, ils se contentaient de déposer des feuilles de thé dans de l’eau. Le thé serait d’ailleurs né du hasard : une feuille d’un théier se serait détachée de l’arbre et serait tombée dans la tasse d’eau chaude de l’empereur Shen Nung. A l’époque, cette boisson a vite été reconnue comme possédant des vertus médicinales : facilitation de la digestion,  remède antipoison...

Vers l’an 200, sous la dynastie des Han, les Chinois commencèrent à réellement travailler le thé : ils pressaient les feuilles puis les faisaient sécher au soleil.

Par la suite, le thé fut introduit en Corée, en 600 environ, puis au Japon en 800. C’est au 16è siècle qu’un missionnaire portugais l’introduisit en Europe. En 1637, les premiers européens, des Britanniques, se rendirent à Guangzhou pour en importer. La demande se fit de plus en plus forte d’années en années. Les Britanniques, de plus en plus demandeurs, donnaient de l’opium aux Chinois en échange du thé, ce qui a conduit à la première guerre de l’opium, puis à la cession de Hong Kong par les Chinois en 1842.

Plus tard, les Anglais se sont mis à cultiver eux-mêmes le thé en Inde.

La culture du thé

Le thé est aujourd’hui cultivé de part et d’autre de la planète, notamment en Chine, à Taiwan, en Inde, au Sri Lanka, au Japon, au Népal, en Turquie, au Kenya et en Tanzanie. L’Inde est le premier producteur au monde (thé noir essentiellement), la Chine arrive en deuxième position, mais est le seul pays à fabriquer tous les types de thés. La culture de cette plante nécessite un climat chaud et humide. Le théier (Camélia Sinensis) est un arbuste haut d’un mètre environ, que l’on taille régulièrement afin de faciliter la cueillette. Car la récolte s’effectue à la main, généralement par les femmes, jusque 4 fois par an (les premières récoltes ayant lieu trois à quatre ans après la plantation). Plus les feuilles sont jeunes, plus elles sont petites, mais meilleure sera la qualité, car plus riche en théine.

Les types de thés

On recense actuellement environ 2000 thés différents en Chine, répartis en 6 catégories principales :

Le thé vert, le thé jaune, le thé blanc, le thé rouge, le thé semi-fermenté, le thé post-fermenté (appelé thé noir). Les feuilles proviennent du même arbre, mais ne sont pas récoltées en même temps, et pas traitées de la même façon : flétries au soleil, chauffées à haute température, plus ou moins fermentées, utilisation ou non d’un couvercle lors du séchage... Nous avons appris que le thé noir était recommandé pour les femmes, car il réchauffait le sang. Il aurait une action positive sur le taux de cholestérol et sur la pression sanguine.

La préparation du thé

Pour préparer le thé, il fait utiliser de l’eau minérale  très chaude (100°, sauf pour le thé vert qui nécessite une eau à 80°).

Le matériel pour préparer le thé :

▪ Une petite table. On en trouve de tous styles. Certaines sont grossières et ne plaisent pas du tout aux Européens (certains locataires aimeraient bien s’en débarrasser), d’autres sont nettement plus raffinées à nos yeux, surmontées d’un plateau de verre. On peut aussi utiliser une table normale sur laquelle on dépose un plateau ;

▪ Un plateau en bois à double fond

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▪ Une bouilloire électrique

▪ Un seau

▪ Une louche et une pince en bois

▪ Des petites tasses

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▪ Des théières de différentes tailles et de différents matériaux (selon le nombre de personnes et le type de thé dégusté)

▪ Un bol en porcelaine…

Il est d’usage que des objets supplémentaires aient leur place sur la table : des bouddhas, des grenouilles… qui sont censés apporter chance et fortune.

Nous avons effectué trois dégustations :

 1)    Le thé vert (long jing : « long dji-ing»)

Il est réputé pour prévenir les cancers, baisser le taux de cholestérol et la pression sanguine, renforcer le système immunitaire, réduire le stress.

Pour le préparer :

L’eau est mise à bouillir dans la bouilloire, puis l’hôtesse la verse sur tout le matériel rassemblé sur la table, ceci afin de le réchauffer. Elle attrape ensuite chaque petite tasse à l’aide d’une pince en bois, et les retourne pour les vider de leur eau. Un système de drainage fait que l’eau ne tombe pas sur le sol, mais dans un seau.

Elle dépose ensuite de l’eau bouillante dans une petite carafe en verre, y ajoute le thé vert qui stagne à la surface de l’eau. Peu à peu, l’eau se colore légèrement et chaque petite feuille de thé tombe doucement vers le fond de la carafe, ce qui est très apaisant à regarder (d’où l’utilisation du verre). Après avoir filtré la préparation, elle verse le thé dans les tasses soigneusement alignées. A ce moment, il ne faut pas attendre pour boire : le thé se boit dès qu’il est servi. C’est peut-être pour cela que les tasses sont si petites.

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2)    Le thé vert/bleu (« tie guan yin ») : c’est du thé à moitié fermenté

La cérémonie débute pareillement. Après avoir tout arrosé d’eau bouillante, puis vidé chaque tasse, l’hôtesse va rincer le thé : elle utilise une louche en bois pour déposer du thé dans un bol de porcelaine, rajoute de l’eau bouillante, dépose un couvercle, puis vide l’eau. Elle recommence le même scénario, verse le thé dans une théière, puis dans de petits récipients de porcelaine. Elle couvre ceux-ci à l’aide des tasses, retourne le tout, et retire les récipients. Nous avons alors été invitées à sentir le parfum du thé, avant de procéder à une nouvelle dégustation.

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3)    Le thé noir (pu er cha : « pou-ou a-are tcha »)

Le thé que nous avons dégusté a été récolté il y a 20 ans sur des arbres vieux de 100 à 200 ans (digne d’un grand cru, non ?). En effet ce thé s’améliore avec l’âge.

Le thé est cette fois déposé dans une théière en terre cuite puis lavé deux fois car son goût est très prononcé. Il est filtré au bout de la troisième fois. L’hôtesse nous a servi plusieurs fois. En fait, il est d’usage de resservir l’invité dès que sa tasse est vide. Donc, si l’on n’en veut plus, il faut laisser sa tasse pleine…

Le déjeuner

Après cette dégustation, la maîtresse des lieux nous a conviées à nous installer dans sa salle à manger pour un repas chinois traditionnel. Très appétissant ! enfin presque tout...

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Et après le repas, passage dans un autre salon de dégustation de thé. Le thé noir aide paraît-il à digérer.

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Petite balade digestive

Puis un petit détour dans une boutique d’antiquités du quartier, où nous avons admiré des bijoux en jade, des vases, des bouddhas… et des meubles antiques. Malheureusement nos porte-monnaie n’étaient pas assez pleins… et on a fait très très attention de ne rien casser !

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Après cette séance, j’ai peu lire que les Dim Sum, les fameux raviolis cantonais, étaient nés de la dégustation du thé vert. En effet, ce thé donne faim, et les clients qui avaient l’habitude de fréquenter les maisons de thé le matin se sont vus proposer divers mets, du salé au sucré. Des cartes, sortes de menus, ont vu le jour dans les maisons de thé.

Aujourd’hui, le thé est certainement la boisson la plus populaire de Chine, c’est la boisson qui est bue en accompagnement des repas. Chaque déjeuner ou dîner pris au restaurant débute par le service du thé dans une tasse. Parfois nous le refusons, et je me demande si ce n’est pas une offense. Cette boisson fait partie à part entière de la culture chinoise, et aucun évènement important dans la vie d’un Chinois ne se passe sans thé.

 Lorsque ma prof de chinois venait à la maison, je lui proposait une boisson. J’ai arrêté de lui préparer du thé : Lipton en sachet, pouah ! Ce n’est pas du thé ! et même le thé que Jérôme m’a ramené de je ne sais plus quel pays, elle n’a pas aimé. Ceci dit, après cette séance, je comprends mieux… et j’ai intérêt d’aller faire un tour au marché du thé de Canton ; quoi que, il y aurait des qualités très variables… et comme je suis européenne, j’ai toutes les chances de me faire avoir, non ?